LA PAUVRETÉ RADICALE DU CHRIST QUI HABITE EN NOUS
Notre parcours de cinq semaines à travers le Carême a peut-être recelé des
trésors bénis par l'Esprit.
Nous avons peut-être eu la grâce de reconnaître que nombre de nos
faiblesses humaines se sont dévoilées, et caché en elles, l’orgueil spirituel
qui nous éloigne de Dieu a pu être mis à jour ; le don d’humilité de Dieu a
commencé à nourrir un cœur contrit et nous avons fléchi le genou dans
l’obéissance ; être soumis aux tentations nous a révélé peu à peu la réalité de
notre profonde pauvreté dans notre monde où posséder et contrôler occupe le
sanctuaire de notre moi ; et nous avons peut-être reçu enfin la grâce du désir
de tout remettre entre les mains de l’amour de Dieu.
Faiblesse : humilité : obéissance : tentations : pauvreté : remise totale.
Ce fut peut-être l’histoire de notre rencontre avec nous-mêmes durant ce
Carême jusqu’à présent.
Ce fut l’histoire de la rencontre de Jésus-Christ avec Satan dans le
désert, une rencontre qui fut le prélude à la semaine à venir, qui s’ouvre avec
le Dimanche de la Passion.
La faiblesse volontaire du Christ dans sa Sainte Humanité provoqua l’assaut
du diable contre l’humilité du Seigneur.
L’assaut continu du diable contre l’obéissance du Christ dans son don total
à son Père par le renoncement absolu à lui-même.
Les tentations stratégiques du diable contre la pauvreté radicale du
Seigneur ;
Les assauts continuels du diable contre la remise choisie et complète du
Christ à une totale indigence assumée dans sa Sainte Humanité.
Tout cela nous révèle l’histoire des tentations du Seigneur dans le
désert...
Il abandonna sa gloire pour devenir faible dans sa Sainte Humanité ;
Il a incarné l’humilité ;
l’obéissance ;
la pauvreté.
Notre propre histoire du Carême porte la même...
faiblesse ; humilité ; obéissance ; pauvreté ; remise totale.
L’histoire de notre Sauveur contient notre histoire.
« Quand le diable eut fini toute tentation, il s’éloigna de lui pour un
temps » (Lc 4 : 1-13).
« ... POUR UN TEMPS ».
La Semaine Sainte est ce temps.
Durant la Semaine Sainte, tout l’enfer déchaîna finalement sa haine absolue
contre Celui qui avait vaincu les tentations du diable dans le désert. Le mal
avait attendu trente-trois ans pour dépouiller, railler, détruire le
renoncement de notre Sauveur. C’est par son choix du renoncement total que
Jésus nous rachète.
Il s'est revêtu des « ténèbres de notre fragilité », de la pauvreté
extrême de notre humanité faible.
Satan a attaqué cette pauvreté radicale car dans ce choix de pauvreté sans
compromis, notre pauvreté, le Seigneur Jésus est devenu entièrement pauvre.
« Devenir humain signifie devenir 'pauvre', ne rien avoir dont on puisse se
vanter devant Dieu. Devenir humain signifie ne plus avoir de soutien, ni de
pouvoir... Jésus n’a rien retenu. Il ne s’est accroché à rien, et rien ne lui a
servi de bouclier » :
« Jésus n’a pas estimé devoir saisir l’égalité, mais s’est vidé lui-même » (Ph 2 : 6).
Satan méprise cette pauvreté, cette faiblesse, cette humilité, cette
obéissance, cette remise à l’amour car le diable craint au plus profond de lui
les vertus qu’il ne peut combattre.
C’est la Puissante Impuissance du Christ.
Et lorsque nous le laissons habiter en nous, Il devient notre force dans
notre faiblesse.
Lorsque nous reconnaissons humblement notre fragilité humaine, notre
finitude, notre manque de contrôle, notre péché, nous permettons à la puissance
du Christ d’agir en nous.
Et le Seigneur Esprit parle à nos âmes lorsque nous lisons et répondons aux
paroles de saint Paul :
« C’est pourquoi, pour l’amour du Christ, je me complais dans les
faiblesses, dans les insultes, dans les détresses, dans les persécutions, dans
les difficultés. Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (2
Co 12 : 9-11)
Peut-être, dans notre prière cette semaine sainte, pourrions-nous méditer
cette réflexion de Johann Baptist Metz :
« Avons-nous vraiment compris l’appauvrissement
que le Christ a enduré ? Tout lui fut retiré pendant la Passion, même l’amour
qui le poussait vers la croix. Il ne savourait plus son propre amour, il ne
sentait plus aucune étincelle d’enthousiasme. Son cœur céda et un sentiment
d’impuissance totale s’empara de lui. Il s’est réellement vidé de lui-même (Ph
2 : 7). La main miséricordieuse de Dieu ne le soutenait plus. Le visage de Dieu
resta caché pendant la Passion et le Christ a contemplé les ténèbres du néant
et de l’abandon où Dieu n’était plus présent. Il atteignit son destin, tendu
entre une terre méprisante qui l’avait rejeté et un ciel sans visage tonnant le
« NON » de Dieu à l’humanité pécheresse. Jésus a payé le prix de la futilité. »
Et le Sauveur ne nous demande qu’une chose :
« N’avez-vous pu veiller avec moi même une heure ?
» (Mc 14 : 37)
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